Mythe ou réalité : « Plus tu pédales fort, moins tu mets de poids sur ta selle »

« Plus tu pédales fort, moins tu mets de poids sur ta selle »

Ce vieil adage du cyclisme était probablement présent avant même l’invention du dérailleur.


La pensée logique est que plus la force déployée pour pousser la pédale vers le bas est élevée, plus cela poussera le corps vers le haut, ce qui diminue la pression sur la selle.


La beauté avec ces dires qui perdurent est que la technologie maintenant disponible, nous pouvons quantifier et valider s’ils sont vrais ou s’ils sont des mythes.


Étant nature curieuse à toujours vouloir toujours vouloir mettre en doute tout ce qui ne m’est pas expliqué avec des données factuelles quantifiables (têtu ou tête de cochon selon certains), j’ai donc décidé de faire une petite expérimentation pour valider le tout à l’aide de la technologie de cartographie et d’analyse de pression de selle de GebioMized et d’un généreux cobaye cycliste dans un environnement et des paramètres contrôlé (sur une base d’entraînement Tacx Neo2).


Notre cobaye est un cycliste homme de 190lbs (qui désire rester anonyme) qui pratique principalement le vélo de route. On pourrait qualifier son niveau de forme de Marc notre cobaye de « amateur » (extrêmement amateur aux dires de notre sujet). Rien n’a été modifié tout au cours de ce test sauf la résistance de la base d’entraînement et la cadence du cycliste (il a été contraint à l’immobilité sur la selle pour la constance des résultats, sous peine de châtiment corporel).


Voici les résultats…



La pression totale moyenne :

Comparatif de la pression totale moyenne sur la selle à 3 niveaux de puissance générée (cadence normalisée de 90 révolutions par minutes) ; 100 watts, 200 watts et 300 watts.



À ce stade-ci on pourrait sauter à la conclusion que le mythe est vrai ! La pression diminue avec l’augmentation de la puissance !


Mais ça serait trop facile. Poussons l’analyse plus loin. Comparons alors chaque niveau d’effort (100W, 200W et 300W) généré chacun à 4 différentes cadences ; soit 50 rpm, 70 rpm, 90 rpm et 110 rpm.



On observe ici que la cadence influence grandement la pression sur la selle.

Cela peut s’expliquer par le fait que la puissance générée est le produit de 2 facteurs :

Puissance = Force (pression sur les pédales) X Vélocité (vitesse de déplacement des pédales)


Donc il semble que le facteur Force est le plus déterminant sur la variation de pression du corps sur la selle.


Alors, si nous voulions encore sauter aux conclusions hâtives, nous pourrions estimer qu’une cadence plus basse est préférable pour le confort !


Bien que la pression moyenne diminue, ce que l’on observe également est que la stabilité du bassin diminue grandement lorsque le travail s’effectue plus en force. Ceci peut créer une multitude d’autres problèmes ; comme des blessures et inconforts (surtout au niveau du rachis lombaire, des hanches et des genoux) ainsi que diminuer l’efficacité au pédalage.


Qui plus est, plus le travail se fait en force (basse cadence) plus l’angle du bassin se déplace vers l’arrière. Cela force une plus grande flexion vertébrale et une plus grande extension des bras. Bref, on doit s’étirer davantage pour atteindre le guidon.



Alors, si l’on doit tirer une conclusion de ce test et répondre à la prémisse de ;

« Plus tu pédales fort, moins tu mets de poids sur ta selle »

La réponse semble être que c’est plutôt vrai, mais que c’est plus en relation avec force appliquée que la puissance générée.


Je vais définitivement refaire ce protocole avec plusieurs cyclistes pour approfondir le sujet et obtenir un échantillon plus grand. À suivre.


Cette expérimentation ouvre la porte à beaucoup de questionnements sur les pratiques de positionnement en studio qui sont en général assez statiques (vélo fixe, parallèle au sol, avec très peu de variabilité de mouvement et de type d’effort).


Le cyclisme est dynamique, le processus de positionnement devrait l’être aussi.

© 2020 Martin Turgeon Services Cyclistes