Y-a-il un lien entre le cyclisme et la dysfonction érectile?

Dans les années 90 et débuts 2000, un grand nuage noir planait au-dessus de la population cycliste de sexe masculin. Telle une épée de Damoclès en mire directe sur l’entrejambe, la menace de la dysfonction érectile pour tout mâle enfourchant une selle était sans cesse invoquée. Inutile de le dire, les hommes furent pris par les sentiments et ont soudain crus que leur sport favori pourrait potentiellement les dérober de leur virilité.


Les manufacturiers de selles ont utilisé cette menace apparente pour toucher le point sensible (au sens figuré bien entendu). Beaucoup d’argent a été investi par celles-ci en recherche et développement. En marketing aussi. Mais est-ce que cette menace était réelle et justifiée ?


Un article écrit en 1997 par le docteur Irwin Goldstein a eu plus d’impact négatif que n’importe quelle autre publication scientifique sur ce sujet. Il n’y allait pas de main morte, avec des déclarations telles que ;

« Les hommes ne devraient jamais faire de vélo. »
« Faire du vélo devrait être interdit et illégal. »
« C’est la forme d’exercice la plus irrationnelle à laquelle je puisse penser. »

Il parlait du cyclisme comme on parle du tabagisme ou de la malbouffe. Mais cette affirmation résonnait avec aplomb dans la tête des hommes. Après tout, beaucoup de cyclistes ont déjà connu un ou plusieurs épisodes d’engourdissement des parties génitales en vélo.


À partir de cet instant, les compagnies ont tout fait pour adresser ce problème. Les selles avec des ouvertures centrales, qui diminuent la pression sur le périnée, la prostate, le nerf pudendal et l’artère pénienne, sont devenues la norme. Il y avait presque apparence de guerre entre les manufacturiers à savoir qui allait produire la selle avec la plus grosse ouverture centrale.



Trop, c'est comme pas assez!


Par contre, au fil des années suivantes, les nouvelles études parues abondaient dans une autre direction. La plupart ont soit grandement nuancé les affirmations publiées, d’autres les ont carrément discrédités. Une étude est même arrivée à une conclusion complètement opposée à celle du docteur Goldstein.

« La pratique du vélo diminue les risques d’impuissance ! »

Et oui, car l’effet positif du sport sur la santé générale des individus améliore aussi la santé sexuelle. Cette étude ne prétend pas que de s’asseoir sur une selle diminue les chances de souffrir d’impuissance, mais que les symptômes négatifs potentiels étaient excessivement faibles. Par contre, les bienfaits de la pratique du vélo sur la santé des individus diminuent les risques de problèmes de santé, comme l’impuissance. Et oui, le cyclisme est bénéfique pour le système cardio-respiratoire, diminue les chances d’obésité et peut atténuer les symptômes de stress. Tous des facteurs favorables à une bonne santé et un bon fonctionnement des organes reproducteurs.


Il est facile de s’y perdre dans ce large spectre de conclusions. Mais bien que nous sommes loin de l’unanimité sur ce sujet, le consensus scientifique est plus nuancé.

Il n’y aurait pas de lien direct entre la dysfonction érectile et la pratique du vélo normale.

Pour que les dommages causés soient assez sévères pour créer des problèmes érectiles, la compression sur le périnée devra être très fréquente, de longue durée, de grande pression et que le cycliste ne porte aucunement d’attention aux symptômes répétés.


En contrepartie, la production de masse de selles avec ouverture centrale a grandement diminué un problème, mais en a créé un autre. Jadis, les engourdissements étaient les symptômes d’inconfort de selle les plus fréquents, mais plus maintenant. La douleur reliée à une surpression sur la structure musculo-squelettique (ischions et branche ischio-pubienne) est maintenant la cause d’inconfort numéro un. La raison est bien simple. Si l’on compare 2 selles de dimensions externes identiques et que l’une possède une ouverture centrale et l’autre non. La selle avec l’ouverture se retrouve avec une aire de support moins grande que la selle traditionnelle. Donc, plus le poids du cycliste est réparti sur une petite surface, plus la pression sera grande qui les zones supportées.


Les engourdissements des parties génitales (ou le syndrome du paquet fantôme) ne sont pas à prendre à la légère ou être ignorés. Certaines personnes seront plus à risques de restriction circulatoire. Certaines personnes seront plus sensibles à différents endroits (tissus mous ou ischions) et le choix de la selle devrait être fait s’y refléter. Une selle avec ouverture centrale modérée demeure un meilleur choix pour la majorité de la population cycliste, mais elle ne convient pas à tous et chacun et l’expression « plus c’est mieux » ne s’applique que dans de très rares cas sévères.


Chaque épisode d’engourdissement devrait être traité comme un signe d’une ergonomie sous-optimale. Au besoin, consultez un spécialiste en positionnement. Seulement remplacer la selle est souvent inefficace, car le choix de la selle n’a pas été fait avec l’évaluation complète de votre position. Il est préférable d’avoir la mauvaise selle au bon endroit que la bonne selle au mauvais endroit.

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